Modifier « l’attaque » du pied

Traduit de l’anglais par Laurence Laveausite web en français

Keith Bateman et Heidi Jones

On entend souvent dire que pour bien courir, il suffit de modifier la façon dont le pied entre en contact avec le sol, mais en réalité c’est non seulement un mauvais indicateur de style de course, mais peut aussi peut distraire d’une bonne technique et même entraîner des blessures.

Éviter l’attaque talon

La plupart des personnes qui se concentrent sur l’attaque du pied le font pour éviter de frapper le sol lourdement du talon. Ils pensent, à juste titre, qu’un atterrissage lourd du talon augment l’impact sur les os, les articulations et les muscles. Ainsi, afin d’éviter cet atterrissage brutal, de nombreux coureurs essaient d’adopter une attaque avant-pied ou médio-pied.

Il est vrai qu’une attaque talon lourde n’est pas souhaitable, mais comme vous le verrez, un atterrissage délibéré sur l’avant-pied ou le médio-pied ne garantit pas un meilleur style de course, sans blessures.

L’attaque avant-pied ou médio-pied n’est pas la solution

De nombreux coureurs relativement informés ont conscience que l’attaque talon est nuisible, en quoi ils ont raison, et s’appliquent donc à utiliser une attaque avant-pied. Mais il peut être dangereux de se fier à des connaissances limitées. Il est tout aussi facile de se mettre en over-stride et de courir de manière inefficace en utilisant une attaque avant-pied ou médio-pied, comme le montre l’illustration ci-dessous.

Over-striding: heel, midfoot, forefoot

Illustration du chapitre 1, Comment une mauvaise technique nuit à votre course Dans chaque cas, le coureur est en position assise ; il freine et surcharge ses articulations, muscles et tendons.
Illustration d’Ainsley Knott

Mais ce n’est malheureusement pas tout. En se focalisant sur l’attaque avant-pied, on risque non seulement d’appliquer une mauvaise technique, mais aussi de se blesser. Même s’ils évitent les dangers de l’attaque talon, les coureurs à l’attaque avant-pied risquent de souffrir des problèmes suivants :

  • fractures de fatigue des 2e et 3e têtes métatarsiennes
  • aponévrosite plantaire
  • subluxation du cuboïde
  • tendinite des péroniers
  • tendinite du tendon d’Achille
  • douleur ou déchirure du mollet

L’attaque du pied est variable

Votre attaque du pied dépend de nombreux facteurs, dont certains sont en constante évolution. La façon dont votre pied se pose varie en fonction de la pente, de la dureté du sol, de votre vitesse de course, des chaussures que vous portez (sont-elles plates, souples et fines) ainsi que de nombreux autres facteurs.

La physiologie individuelle est également importante. Selon Keith, « comme la plupart des gens, mes pieds et mes jambes ne sont pas symétriques, et cela contribue à ce que mon atterrissage ne soit pas toujours le même. Il se peut que j’atterrisse en déséquilibre — un peu en avant ou en arrière, légèrement en sur-supination (pied orienté vers l’extérieur), ou légèrement en sur-pronation (pied orienté vers l’intérieur). Cependant, en moyenne, j’atterris en alignement quasi vertical, ce qui produit un minimum de freinage et un maximum de ressort au sol ».

Nous constatons donc qu’il y a trop de facteurs à prendre en compte pour pouvoir prescrire une attaque du pied idéale convenant à chaque individu dans n’importe quelle situation.

Imiter les coureurs rapides

Certains coureurs à la recherche de l’attaque du pied parfaite essaient à tort de copier celle de coureurs plus rapides. Les coureurs expérimentés sont plus rapides et s’éloignent davantage du sol que le coureur moyen, ce qui nécessite une attaque du pied différente. Il peut sembler qu’ils ont une attaque talon en atterrissant, mais, comme ils ont une vitesse accrue, leurs hanches passent plus rapidement au-dessus de leur pied, ce qui fait que la plupart de la force de l’impact est dirigée vers le bas et non vers l’arrière, et ne les freine donc pas. Cette force accrue vers le bas leur permet d’utiliser le renvoi élastique de leurs pieds et de leurs jambes pour obtenir un rebond important au sol.

Dans un atterrissage et un décollage que l’on pourrait dire parfaits, en séquence avant-pied/pied entier/avant-pied, l’avant-pied effleure le sol de la même manière, mais, là encore, peu de pression est exercée au sol pendant la partie initiale de l’atterrissage.

Par conséquent, les coureurs moyens n’obtiendront pas une bonne technique en imitant celle des coureurs d’élite en action à des vitesses bien plus élevées.

Oubliez l’attaque du pied

Comme nous l’avons vu, il est impossible de déterminer le meilleur type d’atterrissage dans chaque scénario et il est inutile et nuisible d’essayer de prescrire un atterrissage unique pour tout le monde.

Plutôt que de se concentrer sur le point de contact initial du pied au sol pour améliorer la technique, il vaut mieux se focaliser sur un atterrissage en équilibré. Keith déclare : « Je demande à mes clients d’oublier l’attaque du pied et de se concentrer à atterrir dans un l’alignement aussi vertical que possible, avec une colonne vertébrale en position neutre ».

La sensation d’atterrissage, du contact du pied au sol, est l’un des éléments d’appréciation que l’on utilise pour ajuster son équilibre, mais n’est pas une fin en soi. La façon dont le pied entre en contact avec le sol est un outil sensoriel qui sert à corriger votre atterrissage, ne le considérez donc pas comme le but ultime.

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